PARÍS, 7 de febrero.— El diario francés L´ Humanité publica hoy un reportaje a dos páginas completas en el que denuncia la ilegalidad del
bloqueo económico, comercial y financiero impuesto desde hace medio siglo por Estados Unidos contra Cuba.
El amplio trabajo comienza con una entrevista al intelectual y profesor universitario Salim Lamrani, autor
del libro Estado de sitio. Las sanciones económicas de Estados Unidos contra Cuba.
Lamrani explica cómo desde 1962 la Casa Blanca ha esgrimido una serie de argumentos para justificar el
mantenimiento de esta agresión.
Durante este tiempo, señala, el cerco se intensificó con nuevas medidas, como las leyes Torricelli y Helms
Burton, que lo convierten en una práctica retroactiva y extraterritorial, violatoria de las normas internacionales. Además de las cuantiosas pérdidas económicas, el bloqueo tiene serios efectos
sobre cuestiones tan sensibles como la salud y la alimentación, contraviniendo así a la Convención de Ginebra.
El dibujante Georges Wolinski, presidente de honor de la agrupación de solidaridad Cuba Si France, relata los
vínculos de amistad que le atan con la mayor de las Antillas, en un artículo titulado El coraje del pueblo cubano que destaca cómo, a pesar de las dificultades impuestas desde
Estados Unidos, la nación caribeña se mantiene soberana y unida en torno a sus dirigentes. En su artículo, el reportero Jean Cormier asegura que el pueblo cubano ha encontrado en sí mismo la
manera de seguir adelante, a pesar de los intentos de Washington de estrangularlo.
"¿Qué es lo que Estados Unidos ha ganado con la aberrante y execrable prolongación del bloqueo? A fuerza de
querer probar su superioridad, terminan mostrando su debilidad", dice Cormier.
Por su parte, Una Liutkus, promotor de intercambios turísticos entre Francia y la Isla, denunció la criminal
política migratoria de Estados Unidos, en particular la denominada Ley de Ajuste Cubano, que ha causado innumerables pérdidas de vidas y sufrimientos.
Es "una guerra psicológica y política mantenida desde hace 50 años por aquellos que no soportan la existencia
de Cuba, primer territorio libre de América", afirma Liutkus. (PL)
l'Humanité des débats. Histoire
Il y a cinquante ans, les États-Unis décrétaient le blocus de Cuba
Mots clés : Etats-Unis, cuba,
Le 3 février 1962, John Fitzgerald Kennedy, président des États-Unis, annonçait des sanctions totales contre la petite île
des Caraïbes qui venait de mettre fin au régime pro-américain du dictateur Batista. Le blocus a été encore renforcé en 1992 et 1996, au mépris du droit international.
Au nom de la « lutte contre le communisme » d’abord, puis de « la défense des droits de l’homme », la plus grande puissance
au monde, les États-Unis, livre à une toute petite île, Cuba, une guerre économique sans pitié. Le blocus américain contre Cuba dure depuis cinquante ans, violant toutes les lois et traités
internationaux.
Washington châtie tout un peuple pour crime de lèse-empire. Pour les « médias de marché », cet embargo ne serait qu’un
prétexte dont se servirait le régime. Alors chiche ? Enlevons donc ce « prétexte » et voyons ! « Embargo » ou « blocus », on a là un véritable état de
siège interminable, injustifiable, chaque jour plus intolérable, et condamné chaque année par la quasi-totalité des pays à l’ONU.
Dès le 1er janvier 1959, les États-Unis ne
supportent pas que dans leur « jardin »
ait lieu une révolution et la considèrent comme un dangereux foyer de sédition. « Plus jamais un nouveau
Cuba. » En avril 1960, le sous-secrétaire d’État aux Affaires interaméricaines, écrit : « La majorité des Cubains soutiennent Castro. Le seul moyen possible pour annihiler le soutien interne est de provoquer le désenchantement
(…) par l’insatisfaction économique et la pénurie. » Peu à peu se met en place un dispositif d’étranglement
économique. L’île dépend des États-Unis à 73 % pour ses importations et à 65 % pour ses exportations, essentiellement le sucre. En décrétant la réduction des importations, puis la suppression totale du quota
sucrier, Washington escompte mettre Castro à genoux. Mais à chaque mesure d’agression, la révolution répond par la légitime défense : 6 juillet 1960, nationalisation des propriétés américaines à Cuba. Lorsque Washington livre de moins en moins de pétrole et que Cuba doit
recourir à l’URSS, les raffineries américaines sur l’île refusent de traiter le « pétrole
communiste ». Fidel les nationalise. La myopie politique des gouvernements américains pousse la révolution à se
radicaliser. En réponse à l’embargo sucrier décidé par Eisenhower, les pays de l’Est achètent plus de la moitié du sucre cubain.
Le 3 février 1962, le président Kennedy
décrète les sanctions totales, l’interdiction des exportations et importations : le blocus. L’aide de l’URSS permit à Cuba de survivre… Les sanctions impérialistes allèrent crescendo. Le 2 novembre 1966, la « loi d’ajustement
cubain » octroie résidence et nationalité à tout Cubain qui touche le sol américain ; ce statut pousse à l’immigration illégale.
À ceux qui nient les conséquences terribles du blocus, les autorités cubaines répondent, chiffres en main, qu’il a coûté à
l’île 751 milliards de dollars, et touche tous les aspects de la vie quotidienne, toutes les catégories de la
population, essentiellement les plus vulnérables : enfants, personnes âgées… Depuis 1962, Washington ne permet pas même la vente de médicaments à Cuba, alors que la convention de Genève
interdit cet embargo sur les médicaments, même en temps de guerre. En 2004, une entreprise pharmaceutique américaine, la Norton Corporation, se vit imposer une lourde amende parce que l’une de
ses filiales européennes avait vendu à Cuba des vaccins pour enfants. Cuba ne peut avoir accès à la plupart des brevets médicaux. L’île a les pires difficultés pour obtenir des financements
internationaux, pour se procurer les nouvelles technologies qu’elle doit payer au prix fort, doublé de frais de transports coûteux… Elle ne peut utiliser le dollar pour commercer avec d’autres
pays.
Cuba n’est pas une situation virtuelle. Le contexte l’a obligée à vivre en forteresse assiégée, ce qui ne se prête guère à
l’épanouissement de toutes les libertés. Le blocus est un drame quotidien. Il n’est pas la seule cause de la crise profonde que vit Cuba. La dépendance du modèle monoproducteur et exportateur de
sucre, le rôle de réserve sucrière du « camp socialiste », les errements économiques, l’étatisation contre-productive, la bureaucratisation, pèsent lourd à l’heure des bilans.
Les États-Unis auront tout tenté pour faire plier la révolution. En 1992 et 1996, le Congrès américain vota la loi
Torricelli puis la loi Helms-Burton, afin de renforcer le blocus, de le rendre « extraterritorial » : les filiales américaines dans des pays tiers ne peuvent commercer avec Cuba. Aucune entreprise, sous peine de sanctions, ne peut
exporter à Cuba des marchandises ou machines comportant des composants américains. La loi Helms-Burton autorise les grands propriétaires américains expropriés par la révolution, et indemnisés, à
réclamer leurs anciennes propriétés. Pour normaliser la situation, Cuba devrait changer de système. Une ingérence inadmissible.
Aujourd’hui, l’opinion publique nord-américaine est majoritairement hostile aux sanctions économiques, mais la politique
d’Obama reste globalement celle de ses prédécesseurs. Cuba continue à résister au prix de lourds sacrifices.
Cuba « réinvente »
Cuba vit des changements structurels importants. En novembre 2005,
Fidel Castro mettait en garde :
« Nous pouvons être les fossoyeurs
de notre révolution. »
Depuis, avec pragmatisme
mais détermination, le Parti communiste a fait appel au peuple et le pays s’est engagé dans un processus de révisions déchirantes,
nécessaires à la survie, selon Raul Castro. Le 18 décembre 2010,
il lançait : ou nous « rectifions »,
ou nous périrons. Une étape est terminée, celle d’une économie étatisée,
hypercentralisée
et bureaucratisée, aux faibles rendements.
Alors « retour
au capitalisme » ? Nullement.
À Cuba, on parle « d’actualisation » du modèle, de « réinvention ». Passer à un système plus flexible,
« reconvertir » 1 500 000 travailleurs de l’État vers un secteur privé naissant ne peut se faire sans traumatismes, sans inégalités. L’économie, qui reste
planifiée, s’ouvre à des mécanismes
de marché, des formes d’initiative
et de propriété privées. Les fermes d’État sont démantelées et la terre remise en usufruit aux paysans.
La désétatisation fera passer
40 % de la population active
du secteur public au secteur privé.
Le projet d’émancipation cubain
se joue aujourd’hui.
Jean Ortiz
Georges Wolinski: "Le courage du peuple cubain"
Mots clés : Cuba après Fidel Castro, Etats-Unis, cuba,
L'Humanité de ce mardi 7 février fait le bilan de cinquante ans de blocus total imposé par les Etats-Unis à Cuba,
depuis le 7 février 1962. Nous publions ici le point de vue de George Wolinski, dessinateur et président d'honneur de Cuba Si France.
"En 1970, je suis allé à Cuba pour la première fois. Je représentais la France à une exposition de dessins politiques. Ceux
que j’exposais avaient été publiés, pendant les évènements de 1968, dans Action, L’Enragé et Charlie Hebdo. Ensuite, invité par le festival de l’humour de San Antonio de Los Banos, j’ai
fait de nombreux séjours à Cuba. J’ai pu côtoyer des dessinateurs roumains, coréens du Nord, polonais, tchèques. Place de la Révolution, trois heures durant, j’ai écouté le discours de Fidel
Castro. Plus tard, en 1992, j’ai été le président d’honneur de la biennale de l’humour.
Pour rejoindre Cuba, il fallait partir de Madrid ou de Prague et voyager quelques vingt deux heures. A l’époque, étant donné
le blocus américain, 80% de l’économie cubaine, dépendait de Moscou et des pays de l’Est. Puis, il y eut l’effondrement du bloc soviétique et ce fut un coup dur pour Cuba. Le peuple manquait de
tout pour vivre comme pour travailler. Charly Bouhana, membre du syndicat de Livre, m’a demandé de le rejoindre pour aider les artistes et les écoliers cubains. Ainsi, est née l’association de
solidarité : Cuba Si France. Première initiative : le bateau de la solidarité. Un cargo chargé de cahiers et autres feuilles de papier, de fournitures scolaires, destinés aux
écoles.
Ensuite, l’association a accompagné différents projets d’aide à l’enfance. Il y eut encore un envoi de matériel destiné aux
artistes qui ne disposaient plus de rien pour créer. Des artistes liés au gouvernement en place mais qui, malgré tout, ne pouvaient plus travailler.
Depuis cette époque, Cuba Si France n’a pas cessé de manifester son indignation contre le blocus américain. Il y a deux ans,
quand je suis retourné à Cuba, j’ai pu observer le courage du peuple pour résister aux conditions de vie provoquées par l’embargo. J’ai vu défiler un million et demi de jeunes cubains,
visiblement en pleine santé, devant un Raul Castro souverain. Pas un n’a crié : « Dégage Raul ! » en passant devant la tribune.
Le 8 mars, lors de la journée internationale de la femme, j’ai écouté les propos de Mayda Alvarez Suarez, militante du
Centre d’Etude de la Femmes, organisme sous tutelle du gouvernement. Elle était l’invitée en France de notre association. Après cinquante-deux ans de révolution, Mayda résume la philosophie des
Cubaines. A la surprise générale et malgré le peu d’enthousiasme des hommes, elles ont, dit-elle, conquis leur autonomie. L’égalité des salaires est instaurée par la loi et elles peuvent exercer
des postes décisionnaires. Et cela, malgré la vie difficile, le manque de denrées alimentaires, les crèches introuvables et la violence en hausse.
Quant à la natalité, elle décroit. 1,6 enfant par couple. Avant la révolution Mayda explique que de nombre de jeunes filles
de 14 ans se retrouvaient enceintes, aujourd’hui, l’âge moyen la natalité est de 24 ans. Qu’en est-il des rapports hommes-femmes ? La formule est envoyée par Mayda : les hommes que
veulent les femmes n’existent pas encore. Les femmes que les hommes veulent n’existent plus ! Dans un avenir proche, d’importantes réformes se préparent, comme la perte de
500.000 fonctionnaires. Mayda sourit : « On en a vu d’autres ».
Blog(fermaton.over-blog.com), No-11. - THÉORÈME STE-FOY. - La survie de l'Humanité.
GRACIAS